Extrait: Éclair de Lune

Le feu crépitait doucement dans l’âtre, le bois fumait à peine, noir et brûlé presque jusqu’à la cendre. Quinn éteignit la télévision. Il alluma la lampe et ramassa son bloc de papier et un stylo. Cela faisait trop longtemps qu’il n’avait pas eu de nouvelles de Michael ; ses trois lettres précédentes avaient été sans réponse et celle d’avant trop brève : une carte postale de trois lignes pour dire qu’il allait bien, qu’il était occupé et qu’il raconterait tout à Quinn quand il le verrait… Quand cela serait exactement, même Michael l’ignorait probablement.

Ce jour-là en particulier, Quinn avait besoin de son frère, de se connecter à lui de toutes les façons possibles. Alors il écrivait, parce que c’était tout ce qu’il pouvait faire. Dieu seul savait si l’adresse qu’il avait était toujours valide. Ce serait tellement plus simple si Michael était quelqu’un de normal, avec un ordinateur portable ou au moins un téléphone. Mais ce n’était pas son genre. Lorsqu’il voyageait, disait-il, c’était pour fuir sa vie. La dernière chose qu’il voulait était qu’elle se mette à le suivre. Alors Quinn écrivait.

George était mort cinq ans plus tôt, jour pour jour, et à son réveil ce matin-là, Quinn l’avait presque oublié. Michael ne l’avait jamais aimé, il le savait. Les Harper avaient du sang de chasseur et l’idée que son petit frère épouse un garou l’avait rendu dingue. Quinn se souvenait de son grand-père, mais juste à peine. Toutefois, il en savait assez pour deviner que, si Jules Harper avait toujours été de ce monde, George aurait pris une balle en argent en plein cœur à l’instant où il aurait passé le seuil. Toutefois Michael ne comprenait que trop bien un cœur brisé, il avait été là après le décès de George, pendant un temps il avait même été la seule raison Quinn arrivait à se lever le matin, la seule raison pour laquelle il ne s’était pas simplement jeté du pont en suspension avec sa voiture.

Ce n’était plus aussi douloureux, la blessure avait guéri, son cœur s’était durci sous la cicatrice, mais Quinn avait quand même besoin de son frère, de quelqu’un à qui parler, à qui s’accrocher, rien qu’aujourd’hui.

Une fois l’encre sèche, il replia la lettre, la glissa dans une petite enveloppe et la déposa sur la table en attendant de descendre à la poste le lendemain matin. Peut-être ne l’enverrait-il même pas, songea-t-il. Michael avait probablement ses propres problèmes, vu son silence.

Mais au matin il glissa la lettre dans la poche de son manteau et la posta sur le chemin de son travail.

Il s’y ennuya. Il s’y ennuyait toujours, ces derniers temps. La boutique était trop calme, il passait la majorité de sa journée à épousseter les étagères et à jouer au solitaire sur l’ordinateur près de la caisse. La crise avait touché presque tout le monde, y compris les sorciers. Ses clients habituels étaient trop occupés à trouver de quoi vivre et payer le loyer pour dépenser leur argent difficilement gagné en boules de cristal et en charmes.

Il regarda autour de lui en soupirant. Ils avaient à peine fait quelques ventes cette semaine-là. La boutique sombrait, il le savait, et il ne serait pas surpris que Gary décide de jeter l’éponge d’un jour à l’autre, de revendre et de passer à autre chose. Quinn ne savait pas comment il s’en sortirait ; c’était difficile pour tout le monde de trouver un emploi en ce moment, mais ce serait encore pire pour lui, étant donné que sa seule référence était une boutique spécialisée dans la sorcellerie. Certains employeurs préféreraient encore lire « tueur de bébés professionnel » sur un CV. Ils n’étaient plus censés discriminer, mais tout le monde le faisait quand même.

Il se mit à jongler avec une améthyste. George lui en avait acheté une, autrefois, alors qu’il était malade, il l’avait placée sous son oreiller pour l’aider à guérir plus vite. Comme la plupart des gens, les garous n’aimaient pas trop ce genre de choses, mais sa mère avait été une sorcière alors il savait comment fonctionnait la magie de base, même si les sortilèges plus compliqués étaient au-delà de ses capacités.

La cloche sonna lorsqu’on poussa la porte. Une jeune femme repoussa la capuche de son manteau, secouant ses boucles brunes. Elle fit un sourire à Quinn qui le lui rendit. Elle ne lui demanda pas d’aide, alors il la regarda parcourir les étagères. Elle finit par choisir un journal relié de cuir, un Livre des Ombres un peu cher, qu’il plaça dans un sac avant de lui souhaiter une bonne journée.

— Il va pleuvoir, lui dit-elle en relevant sa capuche. Le sentez-vous ?

Il secoua la tête.

— Eh bien, pourtant. Et lorsqu’elle s’arrêtera, nous nous sentirons tous bien mieux, n’est-ce pas ?

Il acquiesça, pour être poli, et la regarda partir avec un sourire déconcerté.

— Les sorcières, je vous jure… s’amusa-t-il lorsque la porte se referma, puis il se mit à ranger les étagères.

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