Extrait: Comment séduire un geek, manuel du fêtard

Ash déposa le carton sur la table de la salle à manger et se rendit à la cuisine. Fee se tenait devant l’évier, nettoyant la plaie de sa main.

— On dirait qu’elle n’est pas très profonde, dit-il sans lever les yeux vers Ash.

— Je suis sincèrement désolé, tu sais.

Fee se retourna et Ash put sentir son regard remonter de ses pieds jusqu’à son visage, observant chaque détail de son corps en chemin. Il lutta contre l’envie de frissonner alors même qu’il attrapait la chair de poule.

— C’est pas grave. Les accidents, ça arrive. (Son sang satura le bandana tandis qu’ils s’observaient et l’estomac de Ash se tordit légèrement. Il vacilla et Fee l’attrapa pour le stabiliser.) Tu vas bien ?

— Oui. Ça m’arrive parfois, à la vue du sang.

Il tâcha de rire sous cape, mais même à ses propres oreilles, cela lui parut piteux. Ses yeux étaient rivés à la tache rouge croissant sur la paume de Fee.

— Tu es la dernière personne que j’aurais cru être dégoûtée par un peu de sang.

Le regard de Ash se fixa abruptement sur le visage de Fee.

— Pourquoi ?

— Tu n’es pas tatoueur ? Avec toutes ces aiguilles, je m’attendais à ce que tu sois rodé.

Fee sourit, un véritable sourire cette fois, à la place des sourires polis qu’il avait adressés à Ash jusque-là. Fee avait de mignonnes petites pattes d’oie de chaque côté de ses yeux lorsqu’il souriait sincèrement. Ash voulut soudain les revoir.

— En fait, je suis encore en apprentissage. (Sans qu’il sache pourquoi, de petits papillons se mirent à danser dans son ventre.) Mais il n’y a pas beaucoup de sang lors d’un tatouage, et je reste à l’écart des piercings. De toute façon, ça n’a rien à voir, ajouta-t-il en hochant la tête vers la main de Fee.

— Désolé, dit Fee. (Il se retourna pour faire à nouveau couler de l’eau sur sa main.) Mais au moins, avec tout cet alcool, il n’y aura pas de risque d’infection.

Ash éclata de rire. Il ne put s’en empêcher. L’attitude décontractée de Fee l’aidait à se détendre.

— Tiens, voilà un tee-shirt propre. (Jack se figea et les regarda à tour de rôle. Ses yeux se plissèrent légèrement lorsqu’ils se posèrent sur Ash.) J’ai raté quoi ?

— Rien. Je voulais juste m’assurer qu’il allait bien.

Ash contourna Fee pour prendre un sac poubelle dans la boîte sur le plan de travail et se retourna au moment même où Fee se débarrassait de son tee-shirt détrempé. Il ne pouvait plus bouger, ne pouvait même plus respirer, tandis qu’il fixait le corps de Fee. Élancé et mince, avec un torse et un abdomen bien définis, Ash n’aurait jamais pu deviner à quel point Fee était musclé sous ce tee-shirt.

Fee laissa tomber le vêtement humide dans l’évier et tendit les bras au-dessus de sa tête pour s’étirer le dos et les épaules. Ses articulations émirent un petit claquement tandis que les lignes de son corps s’allongeaient encore plus, que les contours de ses muscles semblaient s’approfondir. Fee n’avait aucun poil sur le torse, mais le relief de ses abdominaux servaient à lui seul à former une invitation vers la taille de son pantalon, qui glissa encore un peu plus bas sur ses hanches. Le tissu rouge et bleu réapparut. Les doigts de Ash se contractèrent, désireux de se tendre vers ce jean et de le faire descendre plus bas encore et vérifier s’il y avait bien un logo.

Fee se servit d’un torchon de vaisselle pour essuyer la tequila de son corps. La lumière du jour se refléta vivement sur sa peau après le passage de l’essuie-main, et Ash n’avait plus qu’une envie : le suivre. Avec sa langue. Il avait presque fait un pas en avant lorsque la voix de Fee mit fin à sa transe.

— Merci, Jackson. (Fee enfila le tee-shirt et le spectacle fut terminé.) Je vais aller me connecter au routeur pour m’assurer que tout marche comme il faut.

Il se retourna et s’en alla par la partie repas de la cuisine spacieuse. Ash sourit lorsque Fee frôla sa main en voulant refermer des tiroirs qui étaient entrouverts.

— Mec, murmura Ash.

Ses yeux étaient rivés à l’endroit par lequel Fee venait de disparaître. Sa respiration était saccadée.

— Quoi ? demanda Jack.

— Tu m’as caché des choses.

— Pardon ? (Ash tourna son regard vers Jack.) Ça va, petit frère ? On dirait que tu viens d’avaler ta langue.

— Je crois que c’est le cas. Où est-ce que tu l’avais caché, celui-là ?

— Oh, non. Je reconnais ce regard, maintenant.

— Je suis sérieux. Ça fait un an que tu es avec Mari et c’est la première fois que je le vois ?

— Oublie ça. Allez, viens. Les cartons nous appellent, dit Jack.

Il prit le sac poubelle des mains de Ash, essayant de le ramener vers le devant de l’appartement, à l’opposé de là où Fee s’était dirigé.

Ash ne broncha pas.

— Qu’est-ce que ça veut dire, « oublie ça » ? Il est hétéro ?

— Je ne sais pas ce qu’il est, d’accord ? Mais ça n’a aucune importance. Ce n’est pas ton genre.

— Tu n’as aucune idée de ce qu’est mon genre de mecs. Peut-être que j’ai changé.

— OK. Alors, c’est toi qui n’es pas son genre, pigé ? Laisse tomber, tu veux.

— Pourquoi ? demanda Ash.

Mais Jack était déjà parti. Il resta planté là une minute de plus. Fee était parti vers la chambre d’ami et il finit par se décider à le suivre.

— Comment va ta main ?

Fee le regarda par-dessus ses lunettes. Avec ses cheveux débraillés d’avoir porté le bandana et le tee-shirt Les électriciens, c’est le watt qu’ils préfèrent de Jack tendu sur sa poitrine, Ash dut empoigner le chambranle de la porte pour ne pas se laisser tomber à genoux devant Fee.

— Y a pire. J’ai remis le firewall, les ACL sont en mode autorisé, et le cryptage est en place. Tout ce qu’il faut, c’est connaître le mot de passe pour entrer.

Silteplaît ! cria intérieurement Ash. Ou peut-être que le mot de passe était embrassemoitoutdesuite ! Il s’approcha pour jeter un coup d’œil par-dessus l’épaule de Fee.

— Bouton d’or ?

— Ouaip. (Fee sourit. Il recula la chaise pour se lever, mais Ash prenait toute la place. S’il devait se relever, alors Ash voulait sentir son corps frôler le sien.) Euh, excuse-moi ?

— Oh, désolé, dit Ash.

Il fit un demi pas en arrière. Cela donna un peu d’espace à Fee, mais il était encore suffisamment proche de Ash pour que ce dernier puisse sentir la chaleur du corps de Fee lorsque celui-ci se leva.

Fee se pencha en arrière, par-dessus le bureau, pour contourner Ash.

— Je ferais mieux d’aller voir s’ils ont encore besoin qu’on amène des caisses.

Il baissa les yeux vers ses pieds et se dirigea vers la porte.

— Attends, appela Ash. (Il chercha autour de lui une excuse pour faire rester Fee.) Ta main ! s’écria-t-il presque.

Fee leva cette dernière et observa le bandage de fortune toujours enroulé autour.

— Qu’est-ce qu’elle a ?

— On ferait mieux d’y jeter un dernier coup d’œil avant que t’y retournes. Faudrait pas que des crasses s’y glissent. (Ouais. Ça, c’est une excuse valable, pensa Ash.) Je crois avoir vu de la gaze dans la salle de bains.

Fee le regarda avec méfiance.

— Je pensais que tu avais peur du sang.

— Elle ne saigne plus, là, pas vrai ? Écoute, si tu veux risquer de perdre ta main, c’est ton choix. Mais comment comptes-tu jouer de la souris si ça arrive ? demanda Ash. (Fee leva sa main gauche et Ash s’esclaffa.) Pas faux. Allez, viens. Je ne mords pas.

Sauf si tu le demandes, pensa Ash. Alors là je serais plus qu’heureux de faire de toi mon casse-dalle.

Il dut prendre une inspiration pour ramener son corps et son esprit sous le contrôle de son cerveau supérieur. Il tendit le bras et pris précautionneusement la main blessée de Fee pour le tirer jusqu’à la salle de bains. Il farfouilla dans les cartons jusqu’à ce qu’il ait trouvé la gaze, une bouteille d’alcool, et un tube de gel antiseptique.

— Ça risque de piquer un peu.

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